Vendredi 10 avril 2009

 

Il y a une rue où l'on ne vend que viande rouge

et une rue où l'on ne vend qu'habits et parfums.

Il y a des jours où je ne vois qu'êtres jeunes et beaux,

et des jours où je ne vois qu'infirmes, aveugles,

lépreux, faces convulsées et rictus.

 

Ici on construit une maison et là on détruit

ici on creuse la terre

et là on creuse le ciel,

ici on s'assoit et là on marche

ici on hait et là on aime.

 

 

Mais celui qui aime Jérusalem

dans les guides touristiques ou les livres de prières

ressemble à celui qui aime une femme

selon le Kama sutra.

 

 

Yehuda Amihaï

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Mercredi 4 mars 2009



 


 


 

 

Là où la voix du vent appelle nos pieds errants,

Par la forêt bruissante et par les rues sonores,

Avec des luths dans nos mains à jamais -chantant  nous errons,

Tous les hommes sont notre famille, le monde est notre maison.

 

Nos chants parlent de villes dont le lustre est perdu,

Du rire et de la beauté de femmes mortes depuis longtemps ;

De l'épée de vieux combats, de la couronne de vieux rois,

Et des choses heureuses et simples et tristes.

 

Quel espoir pourrons-nous rassembler, quels rêves pourrons-nous semer?

Là où le vent appelle nos pas errants nous allons.

Aucun amour ne nous offre une halte, aucune joie ne nous pousse à attendre :

La voix du vent est la voix de notre destin.

 

 

Sarojini NAIDU  (née à Hyderabad, 13 février 1879 – 2 mars 1949)
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Samedi 10 janvier 2009

Si je pouvais de nouveau vivre ma vie

Dans la prochaine je commettrais plus d'erreurs

Je serais plus bête que ce que j'ai été

en fait je prendrais peu de choses au sérieux

Je serais moins hygiénique, je courrais plus de risques, je voyagerais plus

Je contemplerais plus de crépuscules, je grimperais plus de montagnes,

Je nagerais dans plus de rivières,

Je me rendrais dans plus d'endroits qui me sont inconnus

Je mangerais plus de crèmes glacées et moins de fèves

J'aurais plus de problèmes réels et moins d'imaginaires.

J'ai été de ces personnes

qui vivent sagement et pleinement chaque minute de leur vie

Bien sûr que j'ai eu des moments de joie

Mais si je pouvais revenir en arrière,

J'essaierais de n'avoir seulement que de bons moments

ne pas laisser passer le présent.

J'étais de ceux qui ne se déplacent sans un thermomètre,

un bol d'eau chaude, un parapluie, et un parachute.

Si je pouvais revivre ma vie je recommencerais par me promener pieds nus

dès les premiers jours du printemps

et je continuerais jusqu'aux confins de l'automne...

Je musarderais plus dans les ruelles, je contemplerais

plus d'aurores et je jouerais avec plus d'enfants,


si j'avais encore une fois la vie devant moi.

Mais voyez-vous, j'ai 85 ans, et je sais que

je suis en train de mourir...

 

Jorge Luis Borges

 


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Jeudi 23 octobre 2008

Elle est assise au bord des saisons

Et fait miroiter ses mains comme des rayons.

 

Elle est étrange

Et regarde ses mains que colorent les jours.

 

Les jours sur ses mains

L’occupent et la captivent.

 

Elle ne les referme jamais.

Et les tend toujours.

 

Les signes du monde

Sont gravés à même ses doigts.

 

Tant de chiffres profonds

L’accablent de bagues massives et travaillées.

 

D’elle pour nous

Nul lieu d’accueil et d’amour

Sans cette offrande impitoyable

Des mains de douleurs parées

Ouvertes au soleil.

 

 

Anne Hébert

(Le tombeau des rois, 1953)

 

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Vendredi 3 octobre 2008


Tu es pressé(e) d'écrire,

Comme si tu étais en retard sur la vie.

S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.

Hâte-toi.

Hâte-toi de transmettre

Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.

Effectivement tu es en retard sur la vie,

La vie inexprimable,

La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,

Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,

Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés

Au bout de combats sans merci.

Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.

Si tu rencontres la mort durant ton labeur,

Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,

En t'inclinant.

Si tu veux rire,

Offre ta soumission,

Jamais tes armes.

Tu as été créé(e) pour des moments peu communs.

Modifie-toi, disparais sans regret

Au gré de la rigueur suave.

Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit

Sans interruption,

Sans égarement.

 

 

Essaime la poussière

Nul ne décèlera votre union.

 

 

René Char

 

Le Marteau sans maître, 1934

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Vendredi 26 septembre 2008


« C'est l'heure de l'insomnie, maîtresse de la Terre
la torture est l'odeur de ce temps
où lentement, lentement se fige
le sang du vivant.

Laisse les arbres s’échanger les oiseaux
Laisse les fenêtres faire accueil à une aube qui soit autre.

Regardons la durée se rompre entre nos mains
En direction d’un lieu ceint de sa rupture
Rupture d’où vont surgir des temps seconds
Ceux de la houle des masses
Quand la toux se mêle au Paradis
Et qu’au pain se mêle
L’auréole des anges. »


  ADONIS
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Jeudi 31 juillet 2008



La flamme dit au cyprès :

« Lorsque je vois ton calme,

La fierté qui t’emplit,

Quelque chose en moi devient sauvage.

Comment peut-on vivre cette vie extraordinaire

Sans une touche de folie,

D’esprit,

D’imagination,

De liberté,

Avec seulement cette ancienne et farouche fierté ?

Si je le pouvais, je brûlerais

Cette institution

Qu’on appelle Les saisons,

Avec ta maudite dépendance

à la terre et à l’air et au soleil,

à la pluie et à la rosée. »

 

 


Le cyprès ne répond pas.

Il sait qu’il y a de la folie en lui,

Et la liberté,

Et l’imagination,

et l’esprit.

Mais la flamme ne comprendrait pas,

La flamme ne voudrait pas y croire.

 

ZELDA (Zelda Schneersohn-Mishkovsky) (1914-1984)

Dans « The Spectacular Difference »

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Mardi 29 juillet 2008


Si je pouvais t'offrir le bleu secret du ciel

Brodé de lumière d'or et de reflets d'argent,

Le mystérieux secret, le secret éternel

De la nuit et du jour, de la vie et du temps

 

Avec tout mon amour le mettrais à tes pieds

Mais tu sais je suis pauvre et je n'ai que mes rêves

Alors c'est de mes rêves qu'il faut te contenter

Ô marche doucement, tu marches sur mes rêves.

 

W.B. Yeats

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Vendredi 25 juillet 2008


vers toi
à travers le temps
parfois si proche
jusqu'à toucher

je ne sais
où finit la mémoire
où commence la réalité

l'horloge de mon corps
n'avance plus

elle retourne obstinément
aux instants
déjà pétrifiés
dans l'intérieur des arbres

en moi
le temps ne parvient pas à se figer
il s'écoule
à travers le sang

Halina Poswiatowska

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Mercredi 23 juillet 2008


Je dirai la couleur du vent
Dans les soleils chargés de novembre
Je dirai l'odeur des nuages
Je dirai le bruit des étoiles
Et les feux changeants du silence
Et vous direz que je suis fou
Et je dirai que je vous aime
Et vous vous en irez quand même
Le vent perdra toute couleur
Et le ciel n'aura plus d'odeur
Vos silences feront la nuit
Les étoiles seront sans bruit
Je serai seul et vous de même
Et vous saurez que je vous aime
Que sans amour et sans folie
On n'a que faire de la vie...

Gilles Vigneault

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