Mardi 15 juillet 2008

Le goût me vient ce soir
de vous emmener dans mon coin de pays
là où la neige ensable
ce coin de terre
là où tous les arbres se taisent
sous leur toison de laine blanche
là où la nuit s'illumine
en féerie de rêve
là où le rêve touche la réalité
là où le regard s'endimanche
dans l'immensité d'une terre
belle et pure de toute souillure
là où l'amour danse
sa chorégraphie de l'âme habitée
d'une tendresse renversée
d'une beauté à vous couper le sommeil
d'une vie à poétiser
un coin d'hiver à aimer.


Gertrude Millaire


 


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Jeudi 10 juillet 2008


Seule à jamais ! couchée au sol, l'âme troublée,
Pleine d'un regard vague et d'un désir sans fin,
Elle reste immobile, et sa pose accablée
Du contour délicat accuse le dessin.
Son corps souple et charmant fait une lueur blanche
Entre les durs profils des rocs irréguliers ;
La tunique aux plis droits a glissé sur sa hanche,
Des bandelettes d'or les bouts sont déliés,
Et ses cheveux légers que le vent éparpille
D'une vapeur ambrée auréolent son front. [...]

 

Thérèse MAQUET (1858-1891) 

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Samedi 28 juin 2008
Encore un souvenir
je viens d'écrire un mot
je suis plus vieille d'un mot
de deux
de trois
d'un poème

plus vieille - qu'est-ce que ça veut dire

dans l'abstraction qu'on appela histoire
m'a été assigné un espace étroit
d'ici - jusque-là

je grandis

dans l'abstraction qu'on appela économie
il m'a été ordonné de vivre

dans l'abstraction qu'on appela temps -

j'avance
je me perds
et poursuis mon errance



au Metropolitan Museum
dans la galerie des sculptures égyptiennes
la pierre sourit avec des lèvres de femme


Halina Poswiatowska
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Lundi 23 juin 2008



Quand tisonner les mots pour un peu de couleur

ne sera plus ton affaire

quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles

ne te feront plus regretter ta jeunesse

quand un nouveau visage tout écorné d'absence

ne fera plus trembler ce que tu croyais solide

et l'oubli dit adieu à l'oubli

quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du

houx

 

ce jour-là

quelqu'un t'attendra au bord du chemin

pour te dire que c'était bien ainsi

que tu devais terminer ton voyage

démuni

tout à fait démuni

alors peut-être...

mais que la neige tombée cette nuit

soit aussi comme un doigt sur ta bouche

 

Genève, décembre 1977

Nicolas Bouvier (1929-1998)

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Jeudi 19 juin 2008


« Vous me demandez pourquoi je demeure dans la montagne verte ;

je souris et ne réponds pas car mon coeur est libre de souci.

Comme la fleur du pêcher qui tombe dans un ruisseau

Et disparaît dans l'inconnu,

Je possède un monde à part qui n'est point parmi les hommes ».

 

Li PO (701 -762)

 


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Lundi 16 juin 2008

Une nuit dans un rêve je me suis tenue

Seule dans la lumière d'un bois magique, Mon âme immergée dans des visions semblables à celles provoquées par le pavot; Et les esprits de Vérité étaient les oiseaux qui chantaient,

Et les esprits d'Amour étaient les étoiles qui brillaient,

Et les esprits de Paix étaient les ruisseaux qui coulaient

Dans ce bois magique de la terre du sommeil.

 

Seule dans la lumière de ce bosquet magique,

J'ai senti que les étoiles des esprits d'Amour Se rassemblaient et brillaient autour de ma jeunesse délicate,

Et j'ai entendu la chanson des esprits de Vérité.

Alors afin d’éteindre mon désir je me suis

penchée

Vers les ruisseaux des esprits de Paix qui coulent

Dans ce bois magique de la terre du

sommeil

 

Sarojini NAIDU (Hyderabad 1879-1949)
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Samedi 14 juin 2008

Mes chants ce sont les mousses flottantes,

elles ne sont pas fixées sur leur lieu de naissance,

elles n'ont point de racines,

seulement des feuilles, seulement des fleurs

elles boivent la lumière joyeuse

et dansent, dansent sur les vagues,

elles ne connaissent pas de port,

n'ont point de moisson,

hôtes inconnues étranges !

incertaines en tous leurs mouvements.

et quand soudain les pluies tumultueuses de Cravana

descendent en nuages sans fin

noyant les rivages de leur flottant déluge,

mes mousses chansons soudainement sans repos,

inspirées d'une vie sauvage,

recouvrent tous les chemins de l'inondation,

plongent dans la poursuite qui n'a plus de chemins,

flottent de terre en terre de régions en régions mes chansons !

 

RabindranathTagore

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Mercredi 11 juin 2008

Sur le rivage des mondes infinis, des enfants s’assemblent. L’azur sans fin est immobile au dessus d’eux, près d’eux le flot sans repos retentit. Sur le rivage des mondes infinis, des enfants s’assemblent avec des danses et des cris.

Ils bâtissent leurs maisons avec du sable ; ils jouent avec des coquilles vides. Avec des feuilles fanées, ils gréent leurs barques et, en souriant, les lancent sur la mer profonde. Les enfants tiennent leurs jeux sur le rivage des mondes.

Ils ne savent pas nager, ils ne savent pas jeter les filets. Les pêcheurs de perles plongent, les marchands mettent à la voile, pendant que les enfants assemblent les galets puis les dispersent. Ils ne cherchent pas de trésor caché, ils ne savent pas jeter les filets.



La marée monte avec un rire et le pâle éclat de la plage sourit. Les vagues qui donnent la mort chantent aux enfants d’incertaines ballades, comme chante une mère qui berce son bébé. Le flot joue avec l’enfant et le pâle éclat de la plage sourit.


Sur le rivage des mondes infinis, des enfants s’assemblent. La tempête erre dans le ciel sans chemin, les navires sombrent dans la mer sans sillage, la mort rôde et les enfants jouent.

Sur le rivage des mondes infinis se tient la grande assemblée des enfants.

Tagore  (extrait du Gitanjali)

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Vendredi 6 juin 2008

Elle est noire

je suis blanche

nous sommes jaunes

humaines triangulaires

reliées à nos espaces

pareillement intimes

 

Nous sommes différences

et pourtant si humanité

dans un espace aussi restreint

entre les mers agitées

entre le vent la pluie

les pleurs pareillement pleurs

 

Dedans nos veines

le sang pareillement sang

pousse des cris

arrachés aux chaînes

dedans nos cris

le sang murmure

je t'aime

 

 

Huguette Bertrand

«Strates amoureuses»

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Vendredi 6 juin 2008

O Portes de ton corps

Elles sont neuf et je les ai toutes ouvertes

O Portes de ton corps

Elles sont neuf et pour moi se sont toutes refermées

 

A la première porte

La Raison Claire est morte

C`était t`en souviens-tu le premier jour à Nice

Ton oeil de gauche ainsi qu`une couleuvre glisse

Jusqu`a mon coeur

Et que se rouvre encore la porte de ton regard de gauche

 

A la seconde porte

Toute ma force est morte

C`était t`en souviens-tu dans une auberge à Cagnes

Ton oeil de droite palpitait comme mon coeur

Tes paupières battent comme dans la brise battent les fleurs

Et que se rouvre encore la porte de ton regard de droite

 

A la troisième porte

Entends battre l`aorte

Et toutes mes artères gonflées par ton seul amour

Et que se rouvre encore la porte de ton oreille de gauche

 

A la quatrième porte

Tous les printemps m`escortent

Et l`oreille tendue entends du bois joli

Monter cette chanson de l`amour et des nids

Si triste pour les soldats qui sont en guerre

Et que se rouvre encore la porte de ton oreille de droite

 

A la cinquième porte

C`est ma vie que je t`apporte

C`était t`en souviens-tu dans le train qui revenait de Grasse

Et dans l`ombre tout près tout bas

Ta bouche me disait

Des mots de damnation si pervers et si tendres

Que je me demande o mon âme blessée

Comment alors j`ai pu sans mourir les entendre

O mots si doux si forts que quand j`y pense il me semble que je les touche

Et que s`ouvre encore la porte de ta bouche

 

A la sixième porte

Ta gestation de putréfaction o Guerre avorte

Voici tous les printemps avec leurs fleurs

Voici les cathédrales avec leur encens

Voici tes aisselles avec leur divine odeur

Et tes lettres parfumées que je sens

Pendant des heures

Et que se rouvre encore la porte de ta narine de gauche

 

A la septième porte

O parfums du passé que le courant d`air emporte

Les effluves salins donnaient a tes lèvres le goût de la mer

Odeur marine odeur d`amour sous nos fenêtres mourait la mer

Et l`odeur des orangers t`enveloppait d`amour

Tandis que dans mes bras tu te pelotonnais

Quiète et coite

Et que se rouvre encore la porte de ta narine de droite

 


A la huitième porte

Deux anges joufflus veillent sur les roses tremblantes qui supportent

Le ciel exquis de ta taille élastique

Et me voici armé d`un fouet fait de rayons de lune

Les amours couronnés de jacinthe arrivent en troupe

Et que se rouvre encore la porte de ta croupe

 

A la neuvième porte

Il faut que l`amour même en sorte

Vie de ma vie

Je me joins à toi pour l`éternité

Et par l`amour parfait et sans colère

Nous arriverons dans la passion pure ou perverse

Selon ce Qu`on voudra

A tout savoir à tout voir à tout entendre

Je me suis renoncé dans le secret profond de ton amour

O porte ombreuse o porte de corail vivant

Entre les deux colonnes de perfection

Et que se rouvre encore la porte que tes mains savent si bien ouvrir

 

 

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

 


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