Mardi 3 juin 2008

Quand dans la nuit j’attends sa venue,

Il semble que la Vie, soit suspendue à un simple fil.

Que sont gloire, jeunesse, liberté, en comparaison

De la chère invitée bienvenue, une flûte à la main ?

 

Elle entre maintenant. Poussant son voile de côté,

Elle regarde à travers moi avec attention.

Je la questionne : ‹ Etiez-vous le guide de Dante,

Lui dictant l'Enfer › ? Elle répond : « Oui ».

 

1924

 

Anna Akhmatova (1889-1966)

 


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Mardi 3 juin 2008

Ah! les vains regrets de ma terre,

M'ont révélé tous leurs secrets !

Je suis, en tout lieu, solitaire,

Peu m'importe où je dois errer...

 

Portant mon sac, je rentre encore

Du marché le long des bâtisses,

Vers une maison qui m'ignore

Comme une caserne, un hospice...

 

Mais peu m'importe de connaître,

Pauvre lionne hérissée,

Tous les milieux d'où je vais être

Infailliblement évincée.

 

N'étant plus de ma langue éprise,

Et sourde à son appel lacté,

Ne pouvant plus être comprise,

Je vois des mots la vanité.

 

Ma voix montant du fond des âges,

Tu ne liras pas mes feuillets,

Lecteur de pages et de pages,

Lecteur de tonnes de papier !

 

L'arbre qui, seul, pousse à l'écart

Ne rejoindra l'allée jamais,

Et rien ne peut plus m'émouvoir

De ce que j'ai le plus aimé.




Marina TSVETAEVA (1892-1941)

 


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Jeudi 29 mai 2008


Je ne t'ai pas chantée ma terre
Et je n'ai pas orné ton nom
Par des prouesses
Par le butin des combats :
Mes mains n'ont fait que planter un arbre
Sur les rives tranquilles du Jourdain
Mes pieds n'ont fait que fouler un sentier
A travers champs.

Il est bien pauvre mon présent,
Je le sais, ma mère,
Il est bien pauvre
Le présent de ta fille :
Rien qu'un cri de joie
A la lumière de l'aube
Rien que des larmes cachées
Pour ta propre pauvreté.

 

Rachel (Bluwstein) (1891 - 1931)

 

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Jeudi 29 mai 2008

J'ai embrassé l'aube d'été.

 

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

 

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

 


Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

 

Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

 


En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

 

Au réveil il était midi.

 

 

Arthur RIMBAUD


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Samedi 24 mai 2008
Traduire sans trahir c'est la dure exigence pour qui veut faire passer dans sa propre langue l'esprit et la vision d'un auteur, d'un poète étranger.
Je suis reconnaissante à Laurent de me forcer à réviser ma traduction de CORDILLERA.

Voici donc :


"Vuelven los tiempos en sordo río
y se les oye la arribada
a la meseta de los Cuzcos..."


"Reviennent les temps comme un fleuve sourd
et l'on entendra leur arrivée
sur le plateau des Cuzcos..."


Le poème CORDILLERA comporte en fait une dizaine de strophes et Gabriela MISTRAL y évoque l'INCA et les siècles antérieurs à l'arrivée des espagnols. Cette antique civilisation rayonnait à partir de CUZCO.
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Samedi 24 mai 2008



Peut-être...

Peut-être les choses n'ont-elles jamais existé
Peut-être. . .
Jamais ne me suis-je levée à l'aube pour aller au jardin,
Y travailler à la sueur de mon front ?

Jamais pendant les journées longues et brûlantes
Des moissons,
Du haut de la gerbière chargée de foin Je n'ai fait entendre ma voix

Jamais je ne me suis trempée dans l'azur tranquille
Et la pureté de tes eaux Mon Kinereth, Oh ! mon Kinereth,
Existes-tu ? Ou l'ai-je rêvé ?

 

Rachel (Bluwstein) (1891 - 1931)


 


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Mardi 20 mai 2008

Take Me Under Your Wing


Take me under your wing,

be my mother, my sister.

Take my head to your breast,

my banished prayers to your nest.          

 

One merciful twilight hour,

hear my pain, bend your head.

They say there is youth in the world.

Where has my youth fled?

 

Listen! another secret:

I have been seared by a flame.

They say there is love in the world.

How do we know love’s name?

 

I was deceived by the stars.

There was a dream; it passed.

I have nothing at all in the world,

nothing but a vast waste.

 

Take me under your wing,

be my mother, my sister.

Take my head to your breast,

my banished prayers to your nest.


 Chaim Nachman Bialik

(1873-1934)

 


 Vient me prendre sous ton aile.

 

Vient me prendre sous ton aile

Soit ma mère, ma sœur.

Pose ma tête sur ta poitrine,

Laisse entrer mes prières bannies en ta demeure.

 

Pour une heure clémente au crépuscule,

Entend ma douleur, incline ta face.

Ils disent qu’il y a de la jeunesse dans le monde.

Où donc la mienne a-t-elle fui ?

 

Ecoutez ! un autre secret :

J’ai été flétri par une flamme.

Ils disent qu’il y a de l’amour dans le monde.

Mais comment pouvons-nous connaître son nom ?

 

J’ai été déçu par les étoiles.

Il y eut un rêve ; il n’est plus.

Je ne possède rien du tout en ce monde,

Si ce n’est une vaste  vacuité.

 

Vient me prendre sous ton aile

Soit ma mère, ma sœur.

Pose ma tête sur ta poitrine,

Laisse entrer mes prières bannies en ta demeure.

               

 Chaim Nachman Bialik

(1873-1934)

           


trad. Sophie DUBOIS  - 19 mai 2008

 

 

 


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Jeudi 15 mai 2008



Cordillera

¡ Carne de piedra de la América,
halalí de piedras rodadas,
sueño de piedra que soñamos,
piedras del mundo pastoreadas;
enderezarse de las piedras
para juntarse con sus almas!
¡ En el cerco del valle de Elqui,
en luna llena de fantasma,
no sabemos si somos hombres
o somos peñas arrobadas!


Vuelven los tiempos en sordo río
y se les oye la arribada
a la meseta de los Cuzcos
que es la peana de la gracia.
Silbaste el silbo subterráneo
a la gente color del ámbar;
te desatamos el mensaje
enrollado de salamandra;
y de tus tajos recogemos
nuestro destino en bocacanada.



Gabriela MISTRAL

Cordillère

 

« Chair de pierre de l’Amérique,

hallali de pierres rodées,

rêve de pierre dont nous rêvons,

pierres du monde assemblées en troupeau ;

ah, se lever d’au milieu des pierres

pour se joindre à leurs âmes !

Sur les parois de la vallée de l’Elqui,

dans un rayon de lune fantomatique,

nous ne savons si nous sommes des hommes

ou  des galets en extase !

 

 

Reviennent les temps en fleuve muet

et l’on entendra l’arrivée

des petits chiens sur le plateau

qui est le piédestal de la grâce.

Siffle le sifflement souterrain

A la foule couleur d’ambre ;

Nous délions pour toi le message

enroulé dans la salamandre ;

et dans tes coupes nous recueillons

notre destin comme en un souffle. »

Trad. Sophie DUBOIS - 14 mai 2008
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Vendredi 2 mai 2008

Sur la lyre tissant mes douces mélodies,
Tantôt j'ai fait gronder un hymne à la vertu ;
Et tantôt, soupirant, mes lèvres moins hardies
Ont tout bas murmuré : " Printemps, que me veux-tu ? "

Restant toujours fidèle à l'essaim de mes rêves,
Jamais je n'ai maudit l'extase de l'amour,
Ni condamné ceux qui, dans des heures trop brèves,
Prononcent des serments qu'ils oublieront un jour.

 

Zoé FLEURENTIN (1815-1863)

 


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Mercredi 30 avril 2008

Dans sa superbe dérive

La Vie n'exclut

Ni mouettes ni gouffres

Ni algues ni brisants

Elle produit fruits et ténèbres

Culbute les idoles

S'esquive et se proclame ailleurs

S'émerveillant du seul vivre

Elle va

Souveraine

Où il n'est pas d'enclos


Andrée Chédid - (Territoires du Souffle)





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