Lundi 28 avril 2008



 Femme nue, femme noire

Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté

J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux

Et voilà qu'au coeur de l'Eté et de Midi,

Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné

Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle

Femme nue, femme obscure

Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais

lyrique ma bouche

Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du

Vent d'Est

Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur

Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée

 

Femme noire, femme obscure

Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux

flancs des princes du Mali

Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta

peau.

 

Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or ronge ta peau qui se moire

 

A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains

 

de tes yeux.

 

Femme nue, femme noire

Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Eternel

Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les

racines de la vie.

 

 

 

Léopold Sédar Senghor

 

 

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Vendredi 25 avril 2008


Je suis née au milieu du jour,
La chair tremblante et l'âme pure,
Mais ni l'homme ni la nature
N'ont entendu mon chant d'amour.

Depuis, je marche solitaire,
Pareille à ce ruisseau qui fuit
Rêveusement dans les fougères
Et mon coeur s'éloigne sans bruit.


Cécile SAUVAGE (1883-1927)

 

 

 


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Vendredi 25 avril 2008





... Et sais-tu que toi-même aussi, nocturne reine,
Tu cesseras un jour de briller dans les cieux ?
Tu mourras comme doit mourir la race humaine,
Et l'ombre habitera les airs silencieux.

De toutes tes splendeurs, de tes beautés divines,
De ce rayonnement qui remplissait les airs,
Il ne restera rien qu'un chaos de ruines
Traversant égaré la nuit de l'univers !

 

Alice de CHAMBRIER (1861-1882)




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Mardi 15 avril 2008


N'écris pas - Je suis triste, et je voudrais m'éteindre


Les beaux été sans toi, c'est la nuit sans flambeau


J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,


Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau


N'écris pas !

 


N'écris pas - N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes


Ne demande qu'à Dieu ... qu'à toi, si je t'aimais !


Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,


C'est entendre le ciel sans y monter jamais


N'écris pas !


N'écris pas - Je te crains; j'ai peur de ma mémoire;


Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent


Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire


Une chère écriture est un portrait vivant


N'écris pas !


N'écris pas ces mots doux que je n'ose plus lire :


Il semble que ta voix les répand sur mon coeur;


Et que je les voix brûler à travers ton sourire;


Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur


N'écris pas !

 


Marceline Desbordes-Valmore

 

 


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Mardi 15 avril 2008



Venez sous cette lampe amie et près du feu.


Parlez-moi du Berri, de la mousse câline,


De l' étang lumineux sur qui le jonc s'incline,


Paupière de velours où brille un regard bleu.


Je vous dirai l'ardeur de nos Juillets en feu,


Les vignes d'Août saignant à flots sur la colline,


Et, quand le vent le tord d'une étreinte féline,


Le grand pin qui nous parle avec la voix d'un dieu.


Au dehors, c'est la nuit, l'hiver, Paris hostile;


L'heure morne s'égoutte aux beffrois de la ville:


Évoquons la patrie et le passé charmant!


Un mirage en nos yeux met sa lueur qui tremble,


Et nous rêvons, muets, avec le sentiment


D'être moins exilés quand nous sommes ensemble.

 


Anne Osmont

 

 


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Jeudi 10 avril 2008

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de son corps brun.


Charles Baudelaire

 


 

 


 

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Jeudi 10 avril 2008



Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout

Contre les portes de la nuit

Et les passants qui passent les désignent du doigt

Mais les enfants qui s'aiment
Ne sont là pour personne
Et c'est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie
Les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l'éblouissante clarté de leur premier amour


Jacques Prévert

 

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Mercredi 9 avril 2008



Free bird towards a free Burma
(By Daw Aung San Suu Kyi)

My home...
where I was born and raised
used to be warm and lovely
now filled with darkness and horror.

My family...
whom I had grown with
used to be cheerful and lively
now living with fear and terror.

My friends...
whom I shared my life with
used to be pure and merry
now living with wounded heart.

A free bird...
which is just freed
used to be caged
now flying with an olive branch
for the place it loves.

A free bird towards a Free Burma

 

 

 


Aung San Suu Kyi, sur les traces du Mahatma Gandhi est devenue la figure emblématique de la résistance non-violente face à la junte militaire en Birmanie. Prix Nobel de la Paix en 1991, au cours des 17 dernières années elle a passé plus de 10 ans entre prison et résidence surveillée. 

 

Pour en savoir plus vous pouvez lire sa biographie parue dans La République des Lettres en 2007 :  http://www.republique-des-lettres.fr/10082-aung-san-suu-kyi.php




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Lundi 7 avril 2008


J'ai fait un rêve doux
Comme une vague
Qui ne meurt jamais
Parce qu'elle n'a pas de grève
Où reposer deux pesants bras liquides
Qui n'en peuvent plus des flots
Et ont au coeur de toutes leurs gouttes
La soif infinie du sable
Ce verre d'eau accordé à l'océan
Lorsque la terre ne se fait pas trop dure

J'ai fait un rêve triste
Comme une coquille
Vide

Il est bateau
Très loin
Sur la mer


CLOUTIER, Cécile, Cuivre et soies, 1964



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Lundi 7 avril 2008



Ni sa pensée, en vol vers moi par tant de lieues,
Ni le rayon qui court sur son front de lumière,
Ni sa beauté de jeune dieu qui la première
Me tenta, ni ses yeux - ces deux caresses bleues ;

Ni son cou ni ses bras, ni rien de ce qu'on touche,
Ni rien de ce qu'on voit de lui ne vaut sa bouche
Où l'on meurt de plaisir et qui s'acharne à mordre,

Sa bouche de fraîcheur, de délices, de flamme,
Fleur de volupté, de luxure et de désordre,
Qui vous vide le coeur et vous boit jusqu'à l'âme...

 

Marie NIZET (1859-1922)

(Recueil : Pour Axel de Missie)

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