Poètes Hommes

Vendredi 10 avril 2009

 

Il y a une rue où l'on ne vend que viande rouge

et une rue où l'on ne vend qu'habits et parfums.

Il y a des jours où je ne vois qu'êtres jeunes et beaux,

et des jours où je ne vois qu'infirmes, aveugles,

lépreux, faces convulsées et rictus.

 

Ici on construit une maison et là on détruit

ici on creuse la terre

et là on creuse le ciel,

ici on s'assoit et là on marche

ici on hait et là on aime.

 

 

Mais celui qui aime Jérusalem

dans les guides touristiques ou les livres de prières

ressemble à celui qui aime une femme

selon le Kama sutra.

 

 

Yehuda Amihaï

Par La petite brindille
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Samedi 10 janvier 2009

Si je pouvais de nouveau vivre ma vie

Dans la prochaine je commettrais plus d'erreurs

Je serais plus bête que ce que j'ai été

en fait je prendrais peu de choses au sérieux

Je serais moins hygiénique, je courrais plus de risques, je voyagerais plus

Je contemplerais plus de crépuscules, je grimperais plus de montagnes,

Je nagerais dans plus de rivières,

Je me rendrais dans plus d'endroits qui me sont inconnus

Je mangerais plus de crèmes glacées et moins de fèves

J'aurais plus de problèmes réels et moins d'imaginaires.

J'ai été de ces personnes

qui vivent sagement et pleinement chaque minute de leur vie

Bien sûr que j'ai eu des moments de joie

Mais si je pouvais revenir en arrière,

J'essaierais de n'avoir seulement que de bons moments

ne pas laisser passer le présent.

J'étais de ceux qui ne se déplacent sans un thermomètre,

un bol d'eau chaude, un parapluie, et un parachute.

Si je pouvais revivre ma vie je recommencerais par me promener pieds nus

dès les premiers jours du printemps

et je continuerais jusqu'aux confins de l'automne...

Je musarderais plus dans les ruelles, je contemplerais

plus d'aurores et je jouerais avec plus d'enfants,


si j'avais encore une fois la vie devant moi.

Mais voyez-vous, j'ai 85 ans, et je sais que

je suis en train de mourir...

 

Jorge Luis Borges

 


Par La petite brindille
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Vendredi 3 octobre 2008


Tu es pressé(e) d'écrire,

Comme si tu étais en retard sur la vie.

S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.

Hâte-toi.

Hâte-toi de transmettre

Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.

Effectivement tu es en retard sur la vie,

La vie inexprimable,

La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,

Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,

Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés

Au bout de combats sans merci.

Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.

Si tu rencontres la mort durant ton labeur,

Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,

En t'inclinant.

Si tu veux rire,

Offre ta soumission,

Jamais tes armes.

Tu as été créé(e) pour des moments peu communs.

Modifie-toi, disparais sans regret

Au gré de la rigueur suave.

Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit

Sans interruption,

Sans égarement.

 

 

Essaime la poussière

Nul ne décèlera votre union.

 

 

René Char

 

Le Marteau sans maître, 1934

Par La petite brindille
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Vendredi 26 septembre 2008


« C'est l'heure de l'insomnie, maîtresse de la Terre
la torture est l'odeur de ce temps
où lentement, lentement se fige
le sang du vivant.

Laisse les arbres s’échanger les oiseaux
Laisse les fenêtres faire accueil à une aube qui soit autre.

Regardons la durée se rompre entre nos mains
En direction d’un lieu ceint de sa rupture
Rupture d’où vont surgir des temps seconds
Ceux de la houle des masses
Quand la toux se mêle au Paradis
Et qu’au pain se mêle
L’auréole des anges. »


  ADONIS
Par La petite brindille
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Mardi 29 juillet 2008


Si je pouvais t'offrir le bleu secret du ciel

Brodé de lumière d'or et de reflets d'argent,

Le mystérieux secret, le secret éternel

De la nuit et du jour, de la vie et du temps

 

Avec tout mon amour le mettrais à tes pieds

Mais tu sais je suis pauvre et je n'ai que mes rêves

Alors c'est de mes rêves qu'il faut te contenter

Ô marche doucement, tu marches sur mes rêves.

 

W.B. Yeats

Par La petite brindille
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Mercredi 23 juillet 2008


Je dirai la couleur du vent
Dans les soleils chargés de novembre
Je dirai l'odeur des nuages
Je dirai le bruit des étoiles
Et les feux changeants du silence
Et vous direz que je suis fou
Et je dirai que je vous aime
Et vous vous en irez quand même
Le vent perdra toute couleur
Et le ciel n'aura plus d'odeur
Vos silences feront la nuit
Les étoiles seront sans bruit
Je serai seul et vous de même
Et vous saurez que je vous aime
Que sans amour et sans folie
On n'a que faire de la vie...

Gilles Vigneault

Par La petite brindille
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Lundi 23 juin 2008



Quand tisonner les mots pour un peu de couleur

ne sera plus ton affaire

quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles

ne te feront plus regretter ta jeunesse

quand un nouveau visage tout écorné d'absence

ne fera plus trembler ce que tu croyais solide

et l'oubli dit adieu à l'oubli

quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du

houx

 

ce jour-là

quelqu'un t'attendra au bord du chemin

pour te dire que c'était bien ainsi

que tu devais terminer ton voyage

démuni

tout à fait démuni

alors peut-être...

mais que la neige tombée cette nuit

soit aussi comme un doigt sur ta bouche

 

Genève, décembre 1977

Nicolas Bouvier (1929-1998)

Par La petite brindille
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Jeudi 19 juin 2008


« Vous me demandez pourquoi je demeure dans la montagne verte ;

je souris et ne réponds pas car mon coeur est libre de souci.

Comme la fleur du pêcher qui tombe dans un ruisseau

Et disparaît dans l'inconnu,

Je possède un monde à part qui n'est point parmi les hommes ».

 

Li PO (701 -762)

 


Par La petite brindille
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Samedi 14 juin 2008

Mes chants ce sont les mousses flottantes,

elles ne sont pas fixées sur leur lieu de naissance,

elles n'ont point de racines,

seulement des feuilles, seulement des fleurs

elles boivent la lumière joyeuse

et dansent, dansent sur les vagues,

elles ne connaissent pas de port,

n'ont point de moisson,

hôtes inconnues étranges !

incertaines en tous leurs mouvements.

et quand soudain les pluies tumultueuses de Cravana

descendent en nuages sans fin

noyant les rivages de leur flottant déluge,

mes mousses chansons soudainement sans repos,

inspirées d'une vie sauvage,

recouvrent tous les chemins de l'inondation,

plongent dans la poursuite qui n'a plus de chemins,

flottent de terre en terre de régions en régions mes chansons !

 

RabindranathTagore

Par La petite brindille
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Mercredi 11 juin 2008

Sur le rivage des mondes infinis, des enfants s’assemblent. L’azur sans fin est immobile au dessus d’eux, près d’eux le flot sans repos retentit. Sur le rivage des mondes infinis, des enfants s’assemblent avec des danses et des cris.

Ils bâtissent leurs maisons avec du sable ; ils jouent avec des coquilles vides. Avec des feuilles fanées, ils gréent leurs barques et, en souriant, les lancent sur la mer profonde. Les enfants tiennent leurs jeux sur le rivage des mondes.

Ils ne savent pas nager, ils ne savent pas jeter les filets. Les pêcheurs de perles plongent, les marchands mettent à la voile, pendant que les enfants assemblent les galets puis les dispersent. Ils ne cherchent pas de trésor caché, ils ne savent pas jeter les filets.



La marée monte avec un rire et le pâle éclat de la plage sourit. Les vagues qui donnent la mort chantent aux enfants d’incertaines ballades, comme chante une mère qui berce son bébé. Le flot joue avec l’enfant et le pâle éclat de la plage sourit.


Sur le rivage des mondes infinis, des enfants s’assemblent. La tempête erre dans le ciel sans chemin, les navires sombrent dans la mer sans sillage, la mort rôde et les enfants jouent.

Sur le rivage des mondes infinis se tient la grande assemblée des enfants.

Tagore  (extrait du Gitanjali)

Par La petite brindille
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